Les sources de l’éthique et du savoir

Depuis un certain temps – lassé sans doute des modes en zigzag de la formation – on traite ici le sujet, sinon du point du vue de Sirius, du moins, du point de vue d’un Martien... sans étiquette, sinon sans éthique. Qui, de loin, voit bien que les bénitiers sont des sources de morale pour grenouilles, et les fonds vaseux des sources de savoir pour anguilles. Si les récentes comédies politiques de notre République devaient servir de fable, c’est bien que l’éthique et le savoir se forgent plutôt contre les donneurs de leçon ou de pardon.

Un livre de la journaliste scientifique Peggy Sastre a donné de l’inspiration au «Café philo» d’Annemasse, début juillet. Je n’ai pu m’y rendre, mais les textes envoyés en vue du débat en disaient long. Selon Mme Sastre, la haine est une espèce de sentiment en voie d’extinction, survivance biologique archaïque dans une société «apaisée». L’Histoire jugera... mais laquelle: celle de l’An 2050 ou de l’An 3000? Celle de 1914 peine encore à trancher sur une décennie, voire sur le jour crucial: est-ce par excès de haine ou par désir de paix que la guerre était devenue inévitable? De nos jours encore, chacun croit à sa thèse (celle de unige.ch/fapse/edhice/files/8714/2496/8308/Flyer_2014.pdf n’est pas la nôtre), comme à l’époque, chacun poussait son ordre comme seul juste. Quid du point de vue de 1939? Ses chantres de l’amour du prochain – les pacifistes – ont failli causer la fin de l’Histoire... que seul un haineux comme Churchill a pu refaire. L’Histoire d’il y a 2500 ans dit que la source des malheurs se trouve dans «l’honneur», comme le montre la scène clef de «La Guerre du Péloponnèse». Bref, en matière d’humanité ou de lucidité, un ou vingt siècles après, tout ce qui part bien finit mal... et vice versa. Que pensera-t-on dans cent – ou même dix – ans du feuilleton politique de notre été genevois?

Remords rongeurs ou bastion miné
Une chose sera sans doute dure à nier: que les travers de gauche minent la droite et les combines de droite rongent la gauche. On a déjà eu la magouille de Solidarités, qui a sacrifié son Prix Staline 2010 au profit de la lauréate du Trotzky 2020 (explication de texte sur demande entre quatre murs ouatés). Mais «l’affaire Maudet» est plus riche de leçons, même si elle était tout aussi programmée... Pour ma part, je n’aimais guère Maudet du temps où tous les courtisans de la République chantaient «il est né le divin enfant» à tue-tête (au sens de la flatterie qui tue la raison des flatteurs et des flattés). J’ai beaucoup plus de sympathie pour lui depuis que tous les «bras droits» se donnent la main gauche en lui tournant le dos. Pis: à Genève - capitale des droits humains – l’Hôtel-de-Ville fait le Palais de Justice et le Palais de Justice fait l’Hôtel-de-Ville... drôle de manière de comprendre «l’équilibre des pouvoirs». Il y a dans ce théâtre un plagiat des «Animaux malades de la peste» de La Fontaine: en coulisse, on dit les pires choses sur les autres magistrats, juges et ténors des trois pouvoirs... mais en fin de compte, haro sur le Maudet; qui a certes fauté... moins par goût du gras lucre que de vaine gloire. Péché véniel, en regard du couple infernal de notre République: l’arbitraire et la complaisance. Tout se passe comme si c’étaient pour leurs qualités plus que pour leurs défauts que la notabilité - soudée de gauche à droite - tend à Pierre Maudet la coupe de ciguë et met sous les pattes de Simon Brandt des peaux de banane. A nouveau, de quel côté est le péché véniel ou capital: celui des pratiques bananières de nos édiles ou celui des alertes sifflées hors patente?

Caméléons plus suivistes que les moutons
Mais revenons à nos moutons et poissons, qui se pressent autour des sources du savoir et de l’éthique. «Pourquoi êtes-vous venus au Parti du Travail? demandai-je à des jeunes de tous horizons, qui donnaient de la couleur à la dernière rencontre du Cercle du Mail. J’étais surpris de leur esprit ouvert, en regard des militants rétro... ou des jeunes brutes de la Fête des Peuples de l’an dernier. «Solidarités, c’est trop universitaire et magouilleur pour moi», fut une des réponses; vu l’état de certaines facultés de l’Alma Mater, on a même là un pléonasme...

Boris Engelson

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Dernière mise à jour 21 / 09 / 20