Comment régler ses dettes

Quand faut-il dire «oui»… quand faut-il dire «non»? La question se pose aux amoureux, aux diplomates, et même aux journalistes. «Voulez-vous faire un article sur moi?»… la question vient tôt ou tard. Si c’est juste pour faire plaisir, en général, la réponse est «non»: le lecteur ne doit pas être l’otage du copinage. Mais le journaliste – qui a l’heur de toucher chaque semaine un public grand ou petit – doit donner une chance à chacun de parler du combat de sa vie. Dans ce numéro, j’honore ma promesse faite il y a des mois à un homme et des semaines à une femme.

Pourquoi parler au lecteur de Tout l’Emploi de Larissa Redaelli Noujaim (larissaredaelli.com) et de son slogan «le plus gros obstacle à la vente, c’est le vendeur»? En raison du livre qu’elle vient de sortir, «Le Savoir-Vendre» (exclusifmag.com), dans le domaine de l’hôtellerie? Si c’était le cas, cet article aurait plutôt sa place dans le «Spécial Formation» que Tout l’Emploi publie à la fin de chaque mois. A vrai dire, le livre lui-même me demandera un second coup d’oeil: j’ai dû lire à la hâte ce savant équilibre d’expérience terre-à-terre et de psychologie éthérée, émaillé de check-lists. J’ose même dire que sa philosophie – tout est dans l’attitude et rien ou presque dans le produit - ne m’a convaincu qu’à moitié… surtout en temps de récession. Même les «décideurs» les plus haut placés, qui décidèrent longtemps par le «relationnel» (voire par le copinage lucratif), sont désormais surveillés, comme le prouve le dernier rapport de la Cour des comptes. La dernière «Journée des décideurs» (journeeopendesdecideurs.ch) a d’ailleurs jugé bon d’inviter un orateur de «l’Institut Européen de vente et de management».
Mais peu importe que le soussigné soit tout à fait ou à moitié d’accord avec Larissa Redaelli Noujaim: la vente reste un art plus qu’une science, dont personne ne peut fixer les règles. Revenons donc à Larissa en personne: ce qui m’a convaincu qu’elle avait sa place dans notre journal, c’est ce mélange de douceur orientale et d’expérience de terrain. D’habitude, je suis allergique à l’ambiance des cocktails mondains, sinon à leur nourriture: le lancement du livre a eu lieu début juin au Vieux-Bois, école hôtelière où enseigne madame Redaelli (ehg.ch). Mais quand on comprend que cette femme - à l’allure de mannequin - a été chef des ventes d’hôtels quatre et cinq étoiles (et même formatrice et consultante), de Genève aux Emirats puis à l’Erythrée, on se dit qu’elle n’est pas si éthérée que ça. Et que – d’accord ou pas – ceux qui auront recours à ses services de conseil auront droit sans doute à des récits dignes de Shéhérazade.

Prendre l’air du maquis
L’autre héros de cette page contraste avec notre héroïne: c’est sans doute l’homme le plus mal fagoté de Genève, même s’il a été agent d’assurance. Comment un homme passé par notre mouroir officiel – le chômage et son fameux «Revenu minimum cantonal d’aide sociale» - s’est-il débrouillé pour devenir éditeur alors que la branche fermait boutique? Premier acte, notre Lionel Marquis fut placé par l’Office cantonal de l’emploi à Radio Cité, alors en mains très sociales. Mais il n’a jamais aimé être classé ni encarté… d’où un parcours éditorial déroutant. Cet indépendant, qui creuse son trou à la force du poignet, s’est senti plus à l’aise dans l’équipe du «Genevois» et – tenez-vous bien - du «Magazine Napoléon 1er» (napoleon.org) que dans la lecture du «Courrier». Bref, l’auteur et éditeur Marquis est un ex-chômeur amoureux du travail pourvu qu’il soit rétro: sa plus grande fierté est d’écrire désormais pour la revue «Vie & Métiers» (métiers d’antan, s’entend: voir rfgenealogie.com). A la suite de Balzac et Martin du Gard, il s’est attelé à une œuvre romanesque à tiroirs, sous le nom de «Renaissance»; tandis que ses activités d’éditeur jouissent du soutien d’un réseau de diffusion connu (publibook.com). A vrai dire, notre Marquis est un touche à tout, et c’est sans doute ce qui le sauve, en un temps où chacun doit sans cesse réinventer son métier.Un peu comme Jean-Jacques Rousseau, il est sorti de l’anonymat à la faveur d’un concours. Ce Genevois franco-persan s’est amouraché d’Yverdon au point d’y monter un «circuit littéraire», qui lui a valu un prix d’une Société jurassienne d’émulation. Pour un petit supplément, Lionel Marquis le voyagiste vous emmènera à la découverte de l’art jusqu’en Vénétie (culturalia.ch). Tant qu’il vivra, il honorera à sa manière l’âme d’artiste de sa mère et l’esprit de résistant de son père.

Boris Engelson

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Dernière mise à jour 19 / 07 / 21